Soutenance de thèse de PUEL Louis


Titre de thèse

Modélisation de la génération d'électrons runaway par le mécanisme de hot tail lors des disruptions de plasma dans un tokamak

Modelling of runaway electron generation by the hot tail mechanism during plasma disruptions in a tokamak

Date

29 octobre 2026 à 10h00

Adresse

Bat 506, IRFM, CEA Cadarache 13108 Saint-Paul-lez-Durance, Salle René Gravier

Ecole doctorale

Physique et Sciences de la Matière

Specialité

PHYSIQUE & SCIENCES DE LA MATIERE - Spécialité : ENERGIE, RAYONNEMENT ET PLASMA

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Electron runaway,Hot tail,Disruption,Plasma,Fusion thermonucléaire,Tokamak

Keywords

Runaway electron,Hot tail,Disruption,Plasma,Thermonuclear fusion,Tokamak

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Prima Ricercatrice Mme GRASSO Daniela ISC-CNR / Politecnico di Torino
Full professor M. HELANDER Per Stellarator Theory Division, Max-Planck-Institut für Plasmaphysik
Full professor Mme FüLöP Tünde-Maria Plasma Theory Research Group, Chalmers University of Technology, Goteberg
Chef d'institut M. BUCALOSSI Jérôme IRFM, CEA Cadarache
Division head M. LOARTE Alberto Science Division, ITER Organization, Cadarache
Full professor M. MARTIN SOLìS Jose Ramon Plasma Physics Research Group, Universidad Carlos III de Madrid
Directeur de recherche M. NARDON Éric IRFM, CEA Cadarache
Docteur M. ARTOLA Francisco Javier Science Division, ITER Organization, Cadarache

Résumé de la thèse

Les disruptions plasmas constituent l'un des défis les plus critiques pour l'exploitation des futurs tokamaks tels qu'ITER. Ces événements impliquent une perte rapide des énergies thermique et magnétique, conduisant à d'intenses charges thermiques et forces électromagnétiques, ainsi qu'à la formation possible d'électrons dits “runaways” (REs). Ces électrons peuvent porter une fraction significative du courant plasma et représentent une menace sévère pour les composants face au plasma (PFCs). Parmi les mécanismes de génération de REs, le processus de hot tail apparaît durant le Thermal Quench (TQ), lorsque le refroidissement rapide du plasma empêche une fraction des électrons énergétiques de se thermaliser. Ces électrons peuvent alors être accélérés par le champ électrique induit, formant une population primary ou seed pouvant ensuite être amplifiée par avalanche. La compréhension de ce mécanisme, attendu comme dominant dans les futurs scénarios haute température, est essentielle aux stratégies de mitigation des disruptions (DMS). À ce jour, sa modélisation reste principalement limitée à des approches unidimensionnelles, qui représentent imparfaitement la nature tridimensionnelle des disruptions. Des effets importants, tels que le transport stochastique, restent insuffisamment explorés malgré leur impact potentiel sur la génération de REs.

Cette thèse explore une nouvelle approche de modélisation de la génération de REs par hot tail en configurations tridimensionnelles, développée dans le code JOREK. Elle repose sur le post-traitement de simulations MHD 3D avec des électrons tests collisionnels et des techniques de repondération dynamique. Le cadre est vérifié analytiquement puis benchmarké avec DREAM en 0D et 2D. Le cas 2D montre un bon accord sur une large gamme de générations, permettant de modéliser une seed de 0.4 RE/m3 avec une erreur satisfaisante par rapport à DREAM.

Pour valider le modèle, la disruption 178682 de DIII-D, déclenchée par injection d'un glaçon d'argon, est simulée. Un modèle axisymétrique avec déposition artificielle d'impuretés dans le cœur reproduit la durée du TQ et la seed de REs observées expérimentalement. Le cas est ensuite simulé en 3D avec ablation du glaçon, conduisant à un champ magnétique stochastique. La prise en compte du transport stochastique modifie la seed de REs de jusqu'à 4 ordres de grandeur. Cela met en évidence le rôle crucial des pertes stochastiques, prises en compte avec l'activité MHD, permettant de passer d'une conversion complète du courant plasma en courant RE, incompatible avec l'expérience, à une conversion partielle plus réaliste, bien que sous-estimée.

Enfin, ce modèle est utilisé pour les premières estimations en géométrie complète de scénarios ITER 15 MA H-mode mitigés par injection de glaçons fragmentés (Shattered Pellet Injection, SPI), à partir de simulations MHD réalisées par un collaborateur. Deux cas sont étudiés : H-mode baseline (22 keV au cœur) et degraded (11 keV), ce dernier incluant une dégradation préalable du confinement. Le cas baseline produit une seed dangereuse. Contrairement au cas DIII-D, les effets 3D augmentent ici la seed de 60 A à 670 A. Ces simulations révèlent un renforcement lié à une cellule d'accélération formée par un refroidissement local rapide dans une structure hélicoïdale proche du cœur, ainsi qu'au transport des électrons chauds vers ces régions, surpassant les pertes stochastiques limitées par les particules piégées (pouvant former un “réservoir” suprathermique capable de générer des REs passants). À l'inverse, dans le cas degraded, le SPI produit une disruption sûre, avec une seed réduite à 1e-15 A grâce au transport stochastique de bord. La différence entre les cas baseline et degraded s'explique par des surdensités locales dans le premier, induites par l'activité MHD et responsables du refroidissement local rapide à l'origine de cette génération accrue. Ce mécanisme n'avait, à notre connaissance, pas encore été identifié.


Thesis resume

Plasma disruptions represent one of the most critical challenges for the operation of future tokamaks such as ITER. These events involve a rapid loss of thermal and magnetic energy, leading to intense thermal loads and electromagnetic forces, as well as the possible generation of so-called “runaway” electrons (REs). These electrons can carry a significant fraction of the plasma current and pose a severe threat to plasma-facing components (PFCs). Among the mechanisms responsible for RE generation, the hot tail process occurs during the Thermal Quench (TQ), when rapid plasma cooling prevents a fraction of energetic electrons from thermalising. These electrons can then be accelerated by the induced electric field, forming a primary or seed population that can subsequently be amplified through avalanche multiplication. Understanding this mechanism, expected to be dominant in future high-temperature scenarios, is essential for disruption mitigation strategies (DMS). To date, its modelling has mainly been limited to one-dimensional approaches, which inadequately represent the three-dimensional nature of disruptions. Important effects, such as stochastic transport, therefore remain insufficiently explored despite their potential impact on RE generation.

This thesis investigates a new approach to modelling hot tail RE generation in three-dimensional configurations, developed within the JOREK code. It relies on the post-processing of 3D MHD simulations using collisional test electrons and dynamic reweighting techniques. The framework is first analytically verified and then benchmarked against DREAM in 0D and 2D. The 2D case shows good agreement over a wide range of RE generation levels, allowing a seed of 0.4 RE/m3 to be modelled with satisfactory accuracy compared with DREAM.

To validate the model, DIII-D discharge 178682, triggered by the injection of an argon pellet, is simulated. An axisymmetric model with artificially deposited impurities in the core reproduces the experimentally observed TQ duration and RE seed. The case is then simulated in 3D with pellet ablation, leading to a stochastic magnetic field. Accounting for stochastic transport modifies the RE seed by up to four orders of magnitude. This highlights the crucial role of stochastic losses, which, when accounted for together with MHD activity, allow the model to transition from a complete conversion of the plasma current into RE current, incompatible with the experiment, to a more realistic partial conversion, although still underestimated.

Finally, this model is used to provide the first estimates in full geometry for ITER 15 MA H-mode scenarios mitigated by Shattered Pellet Injection (SPI), based on MHD simulations performed by a collaborator. Two cases are investigated: H-mode baseline (22 keV at the core) and degraded (11 keV), the latter including a prior degradation of confinement. The baseline case produces a dangerous seed. Contrary to the DIII-D case, 3D effects increase the seed from 60 A to 670 A. These simulations reveal an enhancement associated with an acceleration region formed by rapid local cooling within a helical structure near the core, as well as the transport of hot electrons towards these regions, overcoming stochastic losses limited by trapped particles (which can form a suprathermal “reservoir” capable of generating passing REs). In contrast, in the degraded case, SPI produces a safe disruption, with the seed reduced to 1e-15 A due to stochastic edge transport. The difference between the baseline and degraded cases is explained by local overdensities in the former, induced by MHD activity and responsible for the rapid local cooling that drives the enhanced RE generation. To the best of our knowledge, this mechanism had not previously been identified.